D'abord, j'ai laissé faire la real cut pour getting a real job. J'ai laissé poussé mes cheveux (m'exposant ainsi à une belle repousse grisonnante qui laisse paraître mon âge, oui, mais aussi, l'étendu de mon stress qui attaque mon genre capilaire) et j'ai remit mes vêtements de punk (un chandail de Béru, c'est toujours commode pour attirer l'attention des profs qui ont jadis chanté leurs refrains entre deux pillages). Fini la couverture d'évènements municipaux au sein d'un bi-mensuel. Fini le lèchage de monde pour avoir de l'info off-the-records. Fini d'apprendre par coeur le noms des élus et de leurs douces, fini de faire des appels chez des vieux anglais snobs. Diable, j'ai plein de respect pour vous, journalistes, car c'est poche en barslak votre métier.
J'ai ressorti mes vestons troués et mes Doc Marten maganés: je suis maintenant une universitaire à temps plein.
Premier choc: Shit, y'é où le monde cool? Tout le monde se boit des cafés en causant un langage weird. Même un chandail des Ramones ne semble émouvoir personne. J'allume: j'ai 10 ans de plus que tout le monde. Ce qui veut dire scander Vive le feu! toute seule.
Deuxième choc: TOUT le monde a un portable en classe. Je suis out avec mon vulgaire crayon so 90's et ma pile de feuilles lignées Buffalo. Et qu'est-ce qui fait le monde avec son portable? Y niaise sur Facebook ou sur MSN avec leurs ti-namis qui sont dans d'autres classes. J'en reste époustouff. C'est pas tant le geste qui m'émeut mais bien le fait que t'as pu de fun à écrire une belle lettre sur papier à tes ti-namis durant ton cours, que tu plieras en original origami et que tu donneras à qui de droit à la récré.
Remember? :
Salut Miss, ça va? Moi bien.
Mon cours de français y'é tellement poche. Le prof y'é con. Y dit des mots full compliqués niaiseux genre "extrapoler".
Kess tu fais en fin de semaine? Moi je le sais pas. J'ai un kick sur Kevin, je pense que je vais allée lui demander une poff de smoke à la récré. J'ai vu qu'il fumait en cachette en arrière du secrétariat.
T-K, je t'aime full sista.
Ta best 4ever.
XXX1/2
Maintenant, ça s'écrit live, en temps réel. C'est trop de technologie pour ma nostalgie.
Troisième choc: J'ai développé un côté surnaturel à cause de mes enfants.
Je m'explique.
Kids= non stop du bruit. Pour apprendre à survivre dans pareille jungle, le parent se développe une surdité partielle automatique. Une capacité magique à faire abstraction du bruit pour se concentrer complètement sur autre chose de vachement plus important (comme par exemple écouter attentivement une chanson de Janis Martin PENDANT que ton fils te parle depuis 3 heures de ses Bakugans.) Les oreilles se bloquent d'elles-même, l'esprit fout le camps ailleurs. Et c'est surprenamment facile et naturel. Même pas besoin de se forcer.
Ainsi, quand un professeur dit des affaires de même:
"Comme le portrait compromet le modèle, comme la simple présentation est déjà amorce de changement, comme l'oeuvre d'art, prise dans la totalité de ses exigences, n'est pas simple description du présent, mais jugement de ce présent au nom d'un avenir, comme tout livre, enfin, enveloppe un appel, cette présence à soi est déjà dépassement de soi. L'univers n'est pas contesté au nom de la simple consommation, mais au nom des espoirs et des souffrances de ceux qui l'habitent. Ainsi, la littérature concrète sera synthèse de la Négativité, comme pouvoir d'arrachement au donné, et du projet, comme esquisse d'un ordre futur.*"
Mes oreilles se bouchent tout naturellement. Ma tête s'enfuit vers un monde meilleur bordé d'arc-en-ciel et d'anges tounus. Je dois donc solidement me couvrir de baffes pour rester concentrée. Je dois rééduquer mes sens. Hooooon, le beau défi...
Quatrième choc: Je traumatise tout le monde avec mon statut de mère. Ça crée une barrière psychologique entre mes camarades de classes et moi, persuadés qu'ils sont, que je vais leur faire la morale parce qu'ils disent des gros mots et font la fête. C'est quand même très drôle.
Cinquième choc: Non, pas de cinquième.
Sixième choc: Je redécouvre la littérature de notre bon vieux terroir québécois et c'est pas si mauvais en fin de compte. C'est tout plein de bondieuseries et de défrichage. C'est bien de constater que, comme les tampons Playtex, on évolue.

Te voilà maintenant à jour, public, de mes aventures aux pays de la grande école!
Générique.
* Jean-Paul Sartre "Qu'est-ce que la littérature?" ( mais vous le saviez tous hein?)




